Editorial 2012

du bulletin de la Société des Amis des Monuments Rouennais.

• Au seuil d’un nouveau Bulletin où l’on trouvera notamment le texte richement illustré d’une conférence fort appréciée (« La restauration des façades de l’hôtel de Bourgtheroulde ») et, sous forme d’un dossier privilégié, un aperçu du si prometteur chantier de restauration de la Cathédrale, on a plaisir à dire, au vu des travaux achevés ou en cours, que l’année a été globalement fructueuse, au moins pour les éléments majeurs du patrimoine rouennais.

stMaclou• La tour couronnée de l’abbatiale Saint-Ouen a vu disparaître les nécessaires mais peu esthétiques échafaudages qui encerclaient depuis de longs mois sa magnifique architecture, au désespoir des photographes. Saint-Maclou s’est dissimulée sous un voile à l’abri duquel sculpteurs, charpentiers ou couvreurs s’activent sans relâche, suivis dans leurs efforts par nos amis Alain Robinne et Jacques Calu qui nous rendent compte en images lors des préconférences de l’avancement de leurs travaux. Réservons toutefois pour l’année prochaine, quand l’aboutissement en sera plus proche, le dossier que mérite cette restauration trop longtemps différée : songeons qu’il y a bientôt soixante-dix ans que ce joyau du style flamboyant attend sa complète remise en état ! Et n’oublions pas qu’il faudra un jour songer aussi au décor intérieur de cette église anormalement privée de ses somptueuses boiseries dont une grande partie est entreposée dans des caves.

• Le principal sujet de satisfaction est pour l’instant l’avancement des travaux dont bénéficie notre cathédrale. Comme nous l’avait montré dans une remarquable présentation Thierry Garret, chef de projet aux côtés de l’architecte en chef André Lablaude, un double chantier associe l’exemplaire restauration de la façade occidentale, permise par le Plan de relance, et le rétablissement enfin programmé des clochetons de la flèche. Nombreux ont été les Rouennais à visiter le hangar 108 où ils sont méticuleusement remis en état. Plus nombreux encore sont-ils à se réjouir de la repose en cours du premier des quatre, celui précisément dont la chute, il y aura bientôt treize ans, avait déclenché ce long processus de réparation et de remise en place qui devrait s’achever l’an prochain.

monet• Au pied de la Cathédrale, le Jardin d’Albane qu’on vient d’aménager fait peut-être moins l’unanimité, certains le trouvant un peu trop minéral. Attendons pour juger que les plantations se développent et souvenons-nous qu’il n’y eut là, pendant des décennies, qu’un informe dépôt d’engins ou de matériaux, mal clos de palissades et peuplé de chats errants… Que dire, en revanche, de l’ « Espace Monet », voisin immédiat de la Primatiale, sinon qu’une fois encore, la lassitude a fini par faire adopter un projet peu enthousiasmant pour remplacer un édifice dont l’état d’abandon n’était pas tolérable en un tel emplacement. C’est ainsi qu’on s’était résolu, de guerre lasse, à bâtir à la place de l’immeuble en partie ruiné des Anciennes Mutuelles ce « Palais des Congrès » dont certains comparaient le béton à celui du Mur de l’Atlantique mais que d’autres, déjà, regrettent au vu de son successeur. Ce dernier plaira-t-il davantage une fois dépourvu du métal et du verre fumé dont l’annonce avait tant choqué les Rouennais ? S’il est trop tôt pour juger du sort fait aux restes de l’hôtel Romé, encore inaccessibles, la vue d’ensemble de l’immeuble côté rue des Carmes paraît nettement plus agréable que celle qu’offraient les bâtiments détruits. La façade sur la place, avec son revêtement de pierre et un corps principal réduit, ne susciterait ni admiration excessive ni critiques majeures si sa terrasse ne s’encombrait pas d’un empilement vertical de cubes noirâtres qu’une simple découpe oblique eût permis, au moins, d’assimiler aux combles ardoisés du voisinage.

• Si des chantiers s’achèvent, d’autres restent en attente. On trouvera dans ce numéro un utile rappel sur l’état inquiétant de l’église Saint-Nicaise, où l’installation d’un pare-gravats ne fait que souligner la nécessité d’une reprise de la façade au béton dégradé. Doublement intéressant par sa partie ancienne et par sa reconstruction pionnière due à Pierre Chirol, un tel édifice, doté d’un orgue remarquable, n’offrirait-il pas, à défaut d’usage cultuel, une magnifique salle de concert au Conservatoire voisin ?

gravelines• Les projets de construction sur ce qui était le jardin de l’ancien couvent des Gravelines – ou plus récemment des Dominicains -, rue Sainte-Marie, et notamment sur un espace arboré théoriquement protégé, ont suscité de notre part des lettres aux autorités compétentes dont on trouvera la teneur dans notre rubrique « Commission de sauvegarde ». Si, en effet, la transformation, à côté, des anciens bâtiments conventuels en logements ne paraît pas devoir soulever d’objections, dès lors qu’elle respectera les parties protégées au titre des Monuments historiques (cloître, crypte, chapelle), l’opération immobilière consistant à percher sur ce point culminant du Rouen intra muros un ensemble de bâtiments très élevés à proximité immédiate et du couvent et du monument classé qu’est la Fontaine Sainte-Marie nous semble inacceptable en l’état. La presse s’en est émue, et des voisins ont d’ailleurs déposé un recours. Des clauses restrictives auraient été depuis fixées par les services responsables. Affaire à suivre… La même attention s’impose pour l’avenir des édifices mis en vente par la Région (l’ancien couvent des Pénitents, rue Saint-Hilaire) ou par l’Etat, tel le beau pavillon d’entrée de la Chartreuse Saint-Julien, sans oublier la belle demeure toujours menacée de la rue Octave-Crutel.

steMarie• On doit se réjouir, en revanche, des efforts pour améliorer l’aspect du Cimetière Monumental, dont le succès ne se dément pas lors des visites que nous guidons pour les Journées du Patrimoine. Programmés par la Ville suite à un repérage des points les plus critiques effectué par notre Société, des travaux bien menés ont permis l’engazonnement souhaité de terrains nus ou ravinés, l’élagage (ou la suppression) de végétaux envahissants et le démarrage d’une procédure d’intervention sur une série prioritaire de tombes remarquables établie par nos soins. La signalétique, enfin, a bénéficié de l’implantation, aux entrées du Cimetière, de panneaux bien conçus comportant plan indicateur et liste des célébrités inhumées dans cette nécropole.

• On ne terminera pas cet aperçu sans évoquer la célébration bienvenue du 20ème anniversaire de « Connaître Rouen Junior », avec l’organisation pleinement réussie d’un concours entre plusieurs classes de l’enseignement primaire. Toutes nos félicitations aux animatrices, Mmes Pinier et Desjuzeur, pour cet incontestable succès, avec l’espoir que cette sympathique commission des A.M.R. pourra, avec de nouveaux cadres à recruter, poursuivre cette utile activité d’initiation de la jeunesse à notre Patrimoine.

Jean-Pierre CHALINE, Président